C'est l'une delle premières fausses nouvelles à but commercial.
À la fin de l’été 1835, un évènement extraordinaire met les États-Unis en effervescence. L’éminent savant John Herschel, alors en Afrique du Sud, confirme l’existence d’une vie sur la Lune grâce à la puissance d’un gigantesque télescope. Il aurait ainsi observé, durant plusieurs jours, une flore et une faune variées, jusqu’à découvrir des créatures ailées humanoïdes.
Cette découverte scientifique, rapportée par le New York Sun, provoque un bouillonnement éditorial sans précédent à la faveur de l’essor de la presse à un cent. Les différents articles du Sun, puis la brochure qui relatent l’extraordinaire observation, concomitants de la parution du « Hans Phaall » de Poe, connaissent un immense succès populaire puis gagnent, peu après, le continent européen. Il s’agit là d’une des plus grandes supercheries scientifiques de l’Histoire, le premier « canular lunaire ».
Avec la traduction de ces Découvertes dans la Lune, faites au cap de Bonne-Espérance par Herschel fils, l’engouement français prend le relais. La réception dans la presse suscite maints débats quant à la véracité d’une telle découverte et l’idée d’une vie extraterrestre sur la Lune se diffuse dans toute la société. Arago, Balzac, ou Herschel lui-même, s’indignent, à grand renfort de démonstrations scientifiques ou ironiques, de cette supercherie. Sans succès. Trente ans après, Jules Verne y fera allusion dans De la Terre à la Lune.
Cette histoire montre deux phénomènes différents:
-Écoute réduite : Contrairement à la légende, l’écrasante majorité des Américains n’écoutaient pas Welles (0:55).
-Environ: 98 % des personnes interrogées cette nuit-là ont déclaré suivre d’autres programmes, notamment une émission comique très populaire sur une autre fréquence.
-Vérification, pas terreur : Bien qu’il y ait eu une augmentation des appels aux centraux, de nombreux auditeurs n’ont cherché à vérifier les informations qu’après avoir syntonisé la radio au milieu de la transmission, perdant ainsi le préambule annonçant la fiction.
-Le contexte historique : En 1938, avec la menace du nazisme en Europe, les Américains étaient habitués aux nouvelles de catastrophes imminentes, ce qui rendait la mise en scène plus plausible pour ceux qui y croyaient
-L’exagération crée une « nouvelle vérité » : si elle est répétée assez souvent, l’exagération remplace la réalité. Aujourd’hui, nous nous souvenons de 1938 comme « l’année de la panique », et non comme « l’année où les journaux ont menti », parce que la version exagérée est plus fascinante que le fait réel.
-Les intérêts derrière l’emphase : L’exagération n’est jamais neutre. Les journaux de 1938 voulaient démontrer que la radio était « irresponsable » et « dangereuse » pour protéger ses profits publicitaires. Exagérer a servi à détruire la crédibilité d’un concurrent.
-La fragilité de la mémoire collective : Une fois qu’une émotion forte (comme la peur collective) est associée à un événement, il est très difficile pour les gens d’accepter un démenti basé sur des données et des chiffres.