La propagande d'Octave (futur Auguste) contre Marc Antoine est l'un des exemples les plus célèbres et les plus précoces de l'utilisation de fausses informations et de la manipulation de l'opinion publique à des fins politiques. Après la mort de Jules César en 44 av. J.-C., la lutte pour le pouvoir entre Octave et Marc Antoine s'est jouée autant sur le terrain militaire que sur celui de la désinformation.
La campagne de dénigrement menée par Octave visait à décrédibiliser son rival en le dépeignant comme un ennemi de Rome.
Le testament de Marc Antoine : Octave a illégalement saisi et rendu public le testament de Marc Antoine, conservé chez les Vestales. Il a diffusé de fausses informations ou déformé le contenu pour faire croire que Marc Antoine, sous l'influence de Cléopâtre, léguait des provinces romaines à ses enfants et souhaitait être enterré à Alexandrie, préférant l'Orient à Rome.
La « uituperatio » (critique injurieuse) : Octave a utilisé la uituperatio, une technique rhétorique consistant à dénigrer systématiquement l'adversaire. Marc Antoine était dépeint comme un homme immoral, ivrogne, efféminé et soumis à une reine étrangère (Cléopâtre), s'opposant ainsi à la vertu romaine représentée par Octave.
La guerre de l'image et de la monnaie : La propagande d'Octave ne se limitait pas aux discours, elle utilisait aussi l'art, l'architecture et la monnaie pour diffuser son image de sauveur de la République.
Détournement de documents : L'usage du testament montre la capacité à manipuler des documents officiels pour servir un récit politique.
Création d'une image de l'ennemi : Octave a réussi à transformer une guerre civile (entre deux Romains) en une guerre nationale (Rome contre l'Égypte), mobilisant ainsi le peuple romain contre Marc Antoine.
La divinatio d'Octave : Il s'est associé au dieu Apollon, construisant l'image d'un dirigeant légitime et divinement soutenu.
Cette stratégie de désinformation a été extrêmement efficace :
Vaincre Marc Antoine : Elle a permis à Octave d'obtenir le soutien du Sénat et du peuple romain pour déclarer la guerre à Cléopâtre.
Établir le Principat : Après sa victoire à Actium (31 av. J.-C.), Octave s'est imposé comma le seul maître de Rome, devenant Auguste en 27 av. J.-C. et fondant l'Empire romain
« Character Assassination » : Tout comme aujourd’hui sur les réseaux sociaux, Ottaviano n’a pas attaqué le programme politique d’Antonio, mais sa figure morale. Il le dépeint comme une « marionnette » entre les mains d’une puissance étrangère (Cléopâtre), technique utilisée encore aujourd’hui pour discréditer ses adversaires en les accusant d’être contrôlés par des lobbies ou des états étrangers.
Utilisation des moyens de communication de masse : Au lieu de Twitter ou Facebook, Octavien a utilisé les pièces. Il a fait frapper des deniers avec son image associée à des symboles de paix et d’ordre, tout en diffusant des brochures et des poèmes qui ridiculisaient Antoine. C’était une forme primitive d'« algorithme » : répéter le même message jusqu’à ce qu’il devienne une vérité partagée.
Post-vérité : Cela ne comptait pas si Antoine était vraiment un traître ou si le testament était authentique ; cela a compté l’impact émotionnel que la nouvelle avait sur la population. Une fois que l’opinion publique a été scandalisée, la vérité des faits est devenue sans importance.
L’Anti-Elite et la Trahison : Octavien dépeint Antoine comme un traître qui voulait déplacer la capitale à Alexandrie. Trump a utilisé une rhétorique similaire avec le slogan « L’Amérique d’abord », accusant ses adversaires d'« être des mondialistes » prêts à vendre les intérêts américains à des puissances étrangères (comme la Chine).
Le « moment du testament » : tout comme Octavien a utilisé le testament d’Antoine pour scandaliser Rome, la diffusion des courriels d’Hillary Clinton (publiés par WikiLeaks) au cours de la campagne de 2016 a servi à créer un récit de corruption interne inacceptable pour les citoyens.
Qu’est-ce que les fuites ('Leaks') et quelle est la corrélation avec les fausses nouvelles ?
Les fuites et les fausses nouvelles sont deux facettes d’une même guerre de l’information : les fuites fournissent le « matériel brut », tandis que les fausses nouvelles le manipulent pour créer un récit déformé
Les fake news sous forme des « libelles »
Marie-Antoinette a été la cible privilégiée d'une littérature clandestine féroce, connue sous le nom de libelles, qui a détruit sa réputation avant même la Révolution française. Ces pamphlets, souvent imprimés à Londres ou en Hollande, mélangeaient attaques politiques et calomnies pornographiques pour la dépeindre comme une reine libertine, dépensière et manipulatrice.
Voici les aspects clés des scandales liés aux libelles et aux calomnies :
Contenu des libelles : Marie-Antoinette était accusée d'infidélités avec de nombreux amants (dont le comte de Fersen ou son beau-frère le comte d'Artois), d'orgies, et de relations lesbiennes. Ces écrits visaient à la déshumaniser et à la rendre impopulaire, l'associant à l'ennemi autrichien.
Les thèmes récurrents : L'absence d'enfant pendant les huit premières années de mariage a nourri les rumeurs sur l'impuissance de Louis XVI et la débauche de la reine. Des titres comme Les Amours de Charlot et Toinette ont popularisé ces accusations.
L'impact de la rumeur : Ces écrits ont eu un impact profond, l'opinion publique finissant par croire à sa dépravation.
Le rôle des libelles dans l'affaire du collier : L'affaire du collier de la reine (1785), bien qu'étant une escroquerie, a éclaboussé Marie-Antoinette en s'appuyant sur cette image préexistante de reine dépensière et immorale construite par les libelles.
Les travaux récents : Les recherches historiques modernes, comme celles citées par le History News Network (👇🏽) ou ce document de Bryn Mawr College , montrent que ces attaques étaient des stratégies politiques délibérées pour déstabiliser la monarchie